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Sauvons nos centres-villes !

Rendez-vous était donné le 7 décembre dernier dans un café de la Place Emile Cresp à Montrouge. L’association Centre-Ville en mouvement avait invité la presse pour présenter les conclusions des auditions menées auprès de maires et de spécialistes sur l’état des centres-villes. Devant l’urgence de la situation, ses membres souhaitent faire de ce combat une grande cause nationale.

Un état plus que préoccupant

Si la situation n’est pas nouvelle, elle s’aggrave de manière aussi rapide que préoccupante. Le taux de vacance commerciale des centres-villes est en effet en constante augmentation, passant ainsi de 6.1% en 2001 à 10,4% en 2015. C’est surtout les villes de moins de 50 000 habitants qui sont le plus touchées, avec une moyenne de 11,1%. Autres chiffres révélateurs de l’état préoccupant de certains territoires : en 2015, 55% des villes moyennes avaient un taux de vacance supérieur à 10%, contre seulement 27% des grandes villes. Trop souvent oublié, les centres-bourgs, qui structurent nos territoires ruraux sont eux également gravement touchés par la disparition pur et simple de petits commerces. L’association estime à près de 50 villes jugées en très grande difficulté et à 200, celles en grande difficulté.

Mais les français aiment leurs centres-villes

Si le constat est grave, il reste un point positif et pas des moindres : l’attachement des français à leur cœur de ville. En effet, le deuxième baromètre CSA des centres-villes montre que 59% des français y sont attachés. Ce chiffre est encore plus important chez les 18-25 ans où il atteint 64%.  

Autre point important, 32% des français jugent leur centre-ville dynamique et 9 sur 10 ont le sentiment que leur modernisation doit être une priorité pour les maires.

Le baromètre met aussi en avant un fait au premier abord surprenant, 73% de grands utilisateurs du commerce en ligne déclarent venir en centre-ville et délaisser la périphérie. A croire que le temps gagné dans les achats par internet donnerait du temps libre pour flâner en ville…car de fait, comme le souligne l’association, “les mutations commerciales et logistiques de ce début de XXIe siècle font des cœurs de ville des espaces dédiés à ces nouveaux usages. (…) Il est donc urgent d’agir pour que citoyens, usagers et consommateurs se réapproprient ce lieu.”

Des propositions concrètes 

Par la voix de son président, Patrick Vignal, l’association a proposé une thérapie de choc et veut obtenir que les centres-villes deviennent grande cause nationale l’année prochaine : « Nous sommes au chevet des cœurs de ville. Le poumon de nos communes manque d’oxygène » a expliqué celui qui est également député de l’Hérault. Pour revivifier les centres-villes, il faut agir « à la fois par l’urbanisme et l’habitat, le commerce et l’artisanat, la mobilité et la logistique urbaine ou encore le numérique”.
L’une des principales mesures fait beaucoup parler d’elle. Il s’agit de mettre en place un moratoire d’une année sur l’extension de zones commerciales périphériques. Ce temps d’échange avec la presse a permis de préciser une position trop souvent mal comprise. En effet, il ne s’agit pas d’entrer “en guerre” contre la grande distribution mais bien de se donner un temps permettant de réfléchir à de nouveaux critères de régulation des espaces commerciaux en périphérie et à l’échelon territorial le plus pertinent. Si au niveau national “en 2016, le volume des surfaces commerciales autorisées a encore augmenté de 22% (dont 90% ont été installées en périphérie) quand le pouvoir d’achat a augmenté de 1,6% sur la même année selon l’INSEE”.  Dit autrement, tous les territoires sont aujourd’hui au même niveau. Certains d’entre eux par exemple, souffre d’une évasion commerciale importante faute de surface commerciale suffisante Cette année de réflexion collective aurait la vertu “de permettre de porter au cœur du débat public un projet global d’aménagement du territoire.”

En cela l’association rejoint les propos du ministre Jacques Mézard qui, lors de l’AG de Villes de France avait insisté sur l’importance de faire confiance “aux intelligences locales”.

Parmi les autres propositions, l’association souhaite que soit mis en place des super-manager régionaux intégrés aux Conseils Régionaux et servant d’interface avec les managers de commerce et de centres-villes.

Elle souhaite également que soit reconnu, encadré et encouragé le métier de manager du commerce et du centre-ville. A ce titre, Centre-Ville en Mouvement travaille sur la création de deux cursus d’enseignement supérieur ouverts en septembre 2018 et dédiés au métier de manager de commerce et de centre-ville. L’enjeu est ici aussi de pouvoir notamment accompagner les commerces dans leur transformation numérique.

Centres-villes en mouvement voit aussi dans le développement des SEM (Sociétés d’Economie Mixte) régionales, un moyen de soutenir les actions en faveur des centres-villes les plus touchés avec par exemple le rachat de pieds d’immeubles.

Autre exemple, encourager toute démarche permettant de trouver un équilibre entre circulation automobile et mobilités douces pour favoriser l’émergence de centres-villes apaisés. Une réflexion est également nécessaire “sur le dernier kilomètre pour optimiser les livraisons en centre-ville qui représente 32% de la circulation”.

Il est sans doute également possible de jouer sur la fiscalité en instaurant des zones franches urbaines dans les centres-villes en déclin mais, “à condition que des travaux de rénovation dans les commerces soient effectués.” L’un des atouts de cette mesure serait d’avoir comme vertu d’encourager le retour des professions libérales dans les centres.

L’ensemble des propositions est à retrouver ici.

Montrouge, un choix loin d’être anodin

Le lieu de la conférence de presse ne relève pas du hasard. En effet, non seulement la ville de Montrouge est particulièrement engagée dans l’association Centre-Ville en mouvement mais aussi parce que la place Emile Cresp est symbolique de ce que l’association souhaite, par l’action politique, pour tous les centres-villes de France.
En effet, si aujourd’hui cette dernière est complètement intégrée au paysage Montrougiens et semble exister depuis toujours ou presque, sa configuration actuelle est le fruit d’un long travaille de revitalisation du centre-ville, portée par la municipalité sur presque deux décennies.

Retrouver votre dossier “redynamisons nos centres-villes” et les solutions numériques mises en place sur le territoire, en cliquant ici.

Mis à jour le 15 décembre 2017

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