Initiatives

Sauver des vies grâce aux réseaux sociaux

Connaissez-vous les MSGU? Ce terme désigne l’exploitation des “Médias Sociaux en Gestion de l’Urgence”. Pratique déjà courante outre-atlantique depuis l’ouragan Sandy en 2012 sur la côte Est des États-Unis, deux Services Départementaux d’Incendie et de Secours (SDIS) français, celui du Gard et du Var, y ont déjà recours et les résultats s’avèrent très concluants.

Plus d’informations en temps réel

Vous vous souvenez sans doute du hashtag “#PorteOuverte” qui s’est répandu très rapidement lors des attaques du Bataclan? Que ce soit lors d’attentats, de catastrophes climatiques ou plus généralement pour des crises à gérer, les réseaux sociaux, et en particulier Twitter, ont montré qu’ils permettaient d’accéder, en quasi instantané, à un maximum d’informations. Pour les secours, qui doivent être capable en très peu de temps de s’adapter et d’intervenir, ce sont donc des renseignements précieux. Encore faut-il avoir la possibilité de les scruter. Le SDIS du Gard et du Var ont intégré le recueil de témoignages, d’images ou de vidéos afin d’informer en temps réel les secouristes sur la situation. Les réseaux sociaux sont aussi d’excellents vecteurs pour transmettre des conseils de prudence à la population ou relayer les messages de la préfecture et à l’inverse de stopper parfois des rumeurs.

Un fait sans précédent

L’exemple de Londe-les-Maures, petite ville de 8200 habitants dans le Var témoigne de l’efficacité des dispositifs de MSGU. Le 19 janvier 2014, lors d’une importante inondation, une jeune fille, dont le père s’est retrouvé complètement coincé par la montée rapide des eaux, envoie sur Twitter un appel au secours. En quelque minutes, son message est retweeté massivement. La Mairie prévient alors le SDIS, ce qui lui permet de déclencher un sauvetage par hélicoptère.

Comme le relate le lieutenant-colonel Christophe Pasquini du SDIS du Var  dans la Gazette des communes: « C’est la première fois qu’une interaction directe entre une personne en détresse et une institution a eu lieu ».

Visov, l’équipe de soutien opérationnel virtuel

Visov, les « Volontaires internationaux en soutien aux opérations virtuelles » est composé d’une soixantaine d’adhérents du secteur de la sécurité civile, passionnés par les médias sociaux et les nouvelles technologies. Rassemblés en association depuis janvier 2014, ce groupe est très actif  depuis 2012. Ils forment la première communauté virtuelle francophone de volontaires numériques en gestion d’urgence (sécurité civile), convertie depuis longtemps à l’utilisation accrue des MSGU.

Leurs principales missions consistent à recueillir des informations sur Internet, à dresser une cartographie de la zone touchée et  à diffuser des messages de prévention sur les réseaux sociaux. « Lorsqu’un incident survient, les bénévoles de Visov constituent une équipe de soutien opérationnel virtuel. Via Skype, la personne désignée comme cheffe de dispositif désigne avec le gestionnaire de crise les secteurs qui nécessitent une attention particulière. Le travail est ensuite réparti entre les bénévoles.” explique Ludovic Lux, président de l’association Visov dans la revue Sapeurs-Pompiers de France.

“Un bénévole va scruter Twitter, un autre va se concentrer sur Facebook, d’autres encore sur les forums et sites Internet de médias.” Visov couvre l’ensemble des réseaux sociaux afin de rassembler toutes les informations qui “permettent au gestionnaire de crise de prendre connaissance de l’événement et d’en évaluer l’ampleur.” L’association a aussi recours à des outils spécialisés, dont un logiciel de recherche géolocalisée des Twittos. Viscov peut ainsi par exemple repérer la position d’une personne en danger.

Un SDIS pionnier

Parmi les SDIS en avance sur ces questions, celui du Gard est un des tout premier à avoir intégré les MSGU dans son dispositif d’intervention. Comme le rappelle le colonel Eric Grohin directeur adjoint du SDIS 30, dans la même revue: “Nous voulions commencer par développer notre communication institutionnelle sur les réseaux sociaux, mais nous avons été rattrapés par les événements. À l’automne 2014, nous avons connu 5 épisodes cévenols en deux mois, avec 167 communes déclarées en catastrophe naturelle. Nous sommes donc passés directement à une exploitation opérationnelle, en collaboration avec Visov. Les informations qu’ils nous ont apportées lors de ces épisodes d’inondations ont été importantes. Dans ces situations-là, il faut en effet faire des choix très rapidement, autrement on ne peut plus accéder à certains secteurs.» Les effectifs du SDIS ont aussi été renforcés avec un poste d’officier réseaux sociaux dont le travail consiste à exploiter et à recouper les renseignements transmis par Visov et  à assurer la communication de risque.

Communiquer mais ne pas nuire aux opérations

Rappelons-le, s’il est important pour les équipes d’intervention de posséder en amont un maximum d’informations, il ne faut pas oublier que dans certains cas, publier des photos peut nuire aux opérations. c’est le message que veut faire passer la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris et le SDIS de l’Essonne dans un guide du bon usage des réseaux sociaux. Le but est de sensibiliser les usagers aux risques qu’ils encourent ou font encourir lorsqu’ils publient des photos, vidéos ou autres informations liées à une intervention. Le risque principal est tout bonnement de compromettre les enquêtes ou interventions mais aussi de mettre en danger les résultats ou dans certains cas la vie des sauveteurs. Ces guides des bonnes pratiques font le point sur “les types d’informations à ne pas divulguer, les commentaires personnels à éviter et les précautions à prendre en cas de diffusion de photos.”

Les réseaux sociaux, par de nombreux exemples, s’avèrent être une source déterminante d’information dans de nombreux domaines. Les méthodes d’interventions dans les opérations de secours peuvent aussi y gagner en efficacité. Les premiers essais menés dans différents SDIS de France, prouvent qu’un système de vieille bien maîtrisé, peut contribuer à la bonne réussite des secours.

Mis à jour le 3 avril 2017

Commentaires