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Limoges (87), reine de l’e-porcelaine?

La céramique limougeaude ne fait pas partie du passé. Elle a su trouver en effet dans les nouvelles technologies des débouchés révolutionnaires. Celle que l’on désigne encore comme l’or blanc n’arrêtera pas de nous surprendre.

Renaître après la crise

Suite à une profonde crise dans les années 1980, Limoges a vu les parts de marché du secteur de la céramique sensiblement diminuer. Une concurrence déloyale, venant principalement de la délocalisation et de l’utilisation peu scrupuleuse du nom même de “Limoges”, a en effet fait vivre des années difficiles à ce secteur. Ainsi, l’exemple de la Tunisie est très frappant. Le pays exporte de la porcelaine à bas prix qu’elle n’hésite pas à appeler “ de Limoges” sous prétexte  que la matière première utilisée serait de la pâte provenant de notre capitale de la porcelaine.
Pour contrer ce phénomène, l’Union des Fabricants de Porcelaine de Limoges mise sur deux axes. Tout d’abord faire reconnaitre leur savoir-faire. Si le processus de labellisation est toujours en cours, les limougeauds peuvent déjà être fiers de l’inscription dès 2008 à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.
Le second axe est la diversification grâce aux technologies de pointe. Aujourd’hui, Limoges a su maintenir la renommée même de sa marque et stabiliser sa production. Le chiffre d’affaires annuel avoisine les 115 millions d’euros contre 66 millions d’euros en 2004, ce qui permet en termes d’emplois directs, de garantir environ 1 200 postes.

De l’art de la table aux céramiques techniques

Si l’industrie de la porcelaine voit aujourd’hui son avenir s’améliorer c’est parce qu’elle a su s’adapter à de nouvelles applications, le plus souvent dans des secteurs de pointe. Alors que les arts de la table demeurent malgré la concurrence, le savoir-faire historique de la ville, de nouveaux utilisateurs, à commencer par les laboratoires, sont de plus en plus demandeurs de ce que l’on appelle aujourd’hui les céramiques techniques.
Véritable force de frappe, Limoges peut compter sur la dynamique de son éco système Ester. Ce dernier regroupe des start-up, des entreprises mais aussi le Centre de Transfert de Technologies Céramiques. Depuis 33 ans, cette organisation est la principale structure française de soutien à l’innovation dans le domaine des céramiques techniques.
Dans l’équipe qui le compose, parmi les 20 personnes expertes dans le domaine des céramiques techniques et de leurs procédés de fabrication, on trouve des médecins, des ingénieurs et des techniciens. 
Limoge abrite également le Pôle européen de la céramique. C’est le seul pôle de compétitivité en France entièrement dédié à la céramique et aux traitements de surface à base de céramiques, ce qui assure à Limoges d’être en quelques sortes le point d’entrée officiel de la France dans des partenariats technologiques internationaux de ce domaine technologique.

Une infinité d’usages possibles

Aujourd’hui, les céramiques techniques ont peu de ressemblance avec celles de nos ancêtres. Elles offrent des propriétés uniques tant physiques que thermiques, optiques et électriques. Ces propriétés ont ouvert un nombre insoupçonné de débouchés dans presque tous les types d’industries, que ce soit au niveau médical, aéronautique et spatial, environnemental, électronique ou métallurgique.
Les dernières avancées ont permis à 120 entreprises de mener à bien 155 nouveaux projets. Les céramiques techniques trouvent des applications par exemple dans les bio-céramiques destinées à des implantations dans des organismes vivants pour de l’orthopédie ou des problèmes ostéo-articulaire, mais aussi comme céramiques structurelles utilisées dans l’aéronautique ou l’automobile, avec des applications concrètes dans des billes de roulement, des outils de coupe ou encore des turbines. Pour se faire, les scientifiques ont dû trouver des architectures spécifiques à l’échelle micro afin de contrer la fragilité du matériau. Les céramiques techniques sont aussi très utilisées comme réfractaires face à de hautes températures et les membranes céramiques sont particulièrement efficaces dans des milieux agressifs.

La révolution numérique a créé de nouveaux débouchés

Comme le rapporte Christophe Chaput, PDG de 3D Ceram dans les colonnes de Libération : « Au début des années 2000, je pressentais que le numérique allait bouleverser les pratiques, simplifier les process et rendre possible l’impossible, comme usiner du sur-mesure.(…) Aujourd’hui, on constate que les technos développées à Limoges sont aussi créatrices de marchés sur lesquels la céramique constitue le produit le plus performant ». Cette entreprise a construit la toute première imprimante 3D céramique. Elle permet par exemple à « un chirurgien maxillo-facial de Limoges, (d’imprimer) des prothèses crâniennes en céramique à partir d’un scan du crâne de ses patients. »
Limoges s’est aussi équipée du premier Fab Lab spécialisé dans les céramiques. Près de 30 entreprises adhérentes sont réunies aujourd’hui dans le Fab Lab Easy Ceramen. On y trouve aussi bien une start-up qui fabrique des céramiques transparentes pour le secteur du luxe que de grands groupes fournisseurs de pâtes à céramique.


Grâce à la mobilisation de nombreux acteurs, à la valorisation de son savoir-faire et à des investissements importants dans les nouvelles technologies, Limoges a su imposer son leadership dans le domaine de la céramique. Après une période de forte baisse de ses ventes, elle est aujourd’hui au cœur de nombreux projets de développement industriel. Le CERAMIC Network 2017, organisé par le pôle Européen de la Céramique les 7 et 8 juin prochain, en est un bel exemple. Ce sera l’occasion de réunir 200 entreprises internationales pour des rendez-vous d’affaires, des conférences thématiques et des visites de sites. De quoi assurer de nouveaux contrats !

Mis à jour le 20 avril 2017

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