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PAS DE DÉMATÉRIALISATION SANS INCLUSION NUMÉRIQUE

Tous concernés par l’inclusion numérique


Un dossier Paroles d’Élus
en partenariat avec

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Le terme « d’inclusion numérique » ne concerne pas uniquement ceux qui n’ont pas accès à internet ou encore ceux qui ne sont pas formés à l’outil informatique, mais bien l’ensemble de la population qui, à un certain moment, feront face à des difficultés de compréhension ou de maîtrise des obligations numériques.

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Valérie Peugeot, Vice-Présidente du CNNum (Conseil National du Numérique), précisait dans le rapport “Citoyens d’une société numérique” remis en 2013 à Fleur Pellerin, alors Ministre déléguée chargée des PME, de l’Innovation et de l’Economie numérique : “Quand plus de 80% d’une population est équipée et connectée ; quand tous les jours surgissent de nouvelles générations d’outils qui appellent autant d’apprentissages ; quand nos manières de travailler, d’étudier, de nous relier, de nous déplacer, de créer, de partager se transforment à l’aide et du fait du numérique, cette vision binaire du dedans et du dehors ne tient plus. Nous sommes entrés dans une phase permanente d’apprentissage collectif et de remise en cause personnelle.”

En s’intéressant à l’inclusion numérique, on s’aperçoit que beaucoup de mythes tombent. Le premier étant peut-être celui des “digital natives” : cette jeune génération, ces “enfants du numérique” qui sont tombés dans le bain des nouvelles technologies dès le plus jeune âge et semblent être immunisés contre tout risque de mise à l’écart. La réalité est bien différente : outre la diversité des pratiques et des outils selon les jeunes, il existe des écarts importants entre leur capacité à utiliser, à comprendre et à maîtriser l’outil numérique.

Aujourd’hui, l’ensemble de la population est concerné par les enjeux d’inclusion numérique. Nous sommes face à ce que certains, comme Valérie Peugeot, appelle “une cible mouvante”. On peut de nos jours, ne connaître aucune difficulté avec l’outil numérique dans un cadre personnel et être en difficulté dans son utilisation professionnelle ou dans ses démarches administratives.

LE NUMÉRIQUE, UN ACCÉLÉRATEUR DE CHANGEMENT ?

Si le numérique -pour reprendre l’expression du CNNum- est “un formidable levier et un accélérateur de changement”, qui permettrait à la fois une redécouverte de l’estime de soi, l’émergence de projets d’innovation sociale, et la participation de chacun dans le renouveau  démocratique, il n’est pas encore évident pour tous.

Alors comment rendre le numérique accessible à chacun ?

Puisque 39% des Français se disent inquiets, voire très inquiets, s’ils devaient effectuer la plupart de leurs démarches en ligne, selon l’étude CREDOC 2016 (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie), les territoires prennent les choses en mains et s’organisent : des initiatives personnelles ou collectives se développent un peu partout en France. Observons-les.

I – L’INCLUSION, POUR GARANTIR L’ACCÈS AUX SERVICES PUBLICS
a. Mettre la dématérialisation à la portée de tous
b. Garantir l’accessibilité de tous au numérique
c. Faire face à la désertification avec de nouveaux modèles
d. Baisser les coûts de l’accès au matériel et au réseau

II – L’INCLUSION, POUR GARANTIR UN NIVEAU DE FORMATION MINIMALE
a. Imaginer des systèmes incitatifs

b. Maîtriser le numérique, un besoin devenu fondamental
c. Promouvoir l’entraide entre citoyens
d. Parler le même langage

III – L’INCLUSION, POUR CRÉER UN OUTIL DE LIEN SOCIAL
a. Former davantage les femmes au numérique
b. Révéler les nouveaux talents numériques de demain
c. Redonner confiance en soi grâce à l’outil numérique

IV – CONCLUSION : RENDRE CHACUN AUTONOME FACE À L’AVENIR

Jean-Michel Morer, Maire de Trilport, est spécialiste des questions de médiation numérique à l’APVF.


L’inclusion numérique concerne tous les territoires, qu’ils soient urbains ou ruraux. L’APVF, qui regroupent 1200 communes adhérentes de métropole et d’Outre-mer entre 2 500 et 25 000 habitants, est très engagée sur cette problématique. Cette association d’élus à taille humaine est une source d’informations précises, fiables et rapides. Elle a obtenu ces dernières années des avancées notables et a empêché certaines décisions contestables d’être prises pour nos collectivités.

 

I – L’INCLUSION POUR GARANTIR L’ACCÈS AUX SERVICES PUBLICS

=> Mettre la dématérialisation à la portée de tous : l’exemple de la Maison de services au public au Grand Autunois-Morvan

Comment assurer l’accès aux différents services publics alors que la dématérialisation s’accélère ? C’est justement tout l’enjeu des Maisons de services au public qui ont vu le jour un peu partout sur notre territoire. Il en existe aujourd’hui plus de 1000 !

Elles permettent, à ceux qui le souhaitent, d’être accompagnés dans toutes les démarches de la vie quotidienne. En effet, en un lieu unique, des médiateurs aident le public à maîtriser les plateformes administratives pour effectuer les demandes de prestations sociales ou d’accès à l’emploi, de transports, d’énergie, de prévention santé ou encore accompagnent l’entrepreneuriat.

Pour accélérer la création de ce nouveau type de structure, l’Etat a mis en place un programme de labellisation qui permet aux porteurs de projets de bénéficier de financements de l’État et des opérateurs nationaux.  Depuis le 1er  janvier 2016, grâce à un fond doté de 20 millions d’euros pour 3 ans, la prise en charge peut atteindre 50 % du budget de fonctionnement, avec un plafond à 35 000 euros. A noter également que les Maisons de services au public portées par La Poste, sont aussi financées pour moitié par le fonds de péréquation territoriale.
Le Grand Autunois-Morvan, communauté de communes située en Saône-et-Loire et regroupant 55 communes a fait le pari d’établir plusieurs structures de ce type sur son territoire : ce sont aujourd’hui 5 pôles de services de proximité qui ont été mis en place à Autun, Anost-Cussy, Couches, Épinac et Étang sur Arroux. C’est dans cette dernière que nous nous sommes rendus pour en savoir un peu plus sur le fonctionnement des Maisons de services au public.

 

=> Garantir l’accessibilité de tous au numérique : projet de Loi pour une République numérique

Si l’inclusion numérique concerne toute la population, pour certains les obstacles sont encore plus importants. C’est le cas notamment des personnes handicapées qui se voient couper de la société faute d’outils et de normes adaptés. En soit, l’accessibilité numérique n’est pas bien différente de l’accessibilité physique, puisque les points de blocage se rapprochent en certains aspects : une simple marche ou une page non-accessible peuvent rendre tout simplement l’accès impossible. Pour que le numérique ne vienne pas détruire ce que le braille (notamment) a pu permettre, la Loi pour une République numérique promulguée le 7 octobre 2016 doit créer de nombreuses avancées, grâce notamment à la modification de l’article 47 de la loi n° 2005-102 du 11 février 2005.

Comme il est rappelé dans le texte, “le projet de Loi pour une République numérique vise à favoriser l’ouverture et la circulation des données et du savoir, à garantir un environnement numérique ouvert et respectueux de la vie privée des internautes et à faciliter l’accès des citoyens au numérique”. Si jusqu’à maintenant, l’article 47 obligeait uniquement les services de l’Etat, des collectivités et les établissements publics, désormais les entreprises privées sont également concernées. Grâce à la loi Lemaire, il est maintenant précisé que l’accessibilité doit être garantie quels que soient « le moyen d’accès, les contenus et le mode de consultation et concerne notamment les sites internet, intranet, extranet, les applications mobiles, les progiciels et le mobilier urbain numérique. »

Dorénavant, la page d’accueil de tout service de communication au public devra  comporter une mention clairement visible précisant s’il est, ou non, conforme aux règles relatives à l’accessibilité. L’article 6 propose également une nouvelle avancée en permettant aux travailleurs handicapés de pouvoir disposer d’un aménagement de tous les outils numériques nécessaires à leur mission, notamment les logiciels métiers et bureautiques ainsi que les appareils mobiles. Par ailleurs, les entreprises devront dorénavant produire un schéma pluriannuel de mise en accessibilité de leurs services de communication au public, ne pouvant être supérieur à trois ans.
Côté sanction, la loi prévoit « une sanction administrative dont le montant (…) ne peut excéder 5 000 €. » De plus, en cas de manquement répété des obligations d’accessibilité, une nouvelle sanction sera prononcée chaque année, le cas échéant.

Recyclage Ecocitoyen, le cercle vertueux.

Recyclez son ordinateur tout en luttant contre la facture numérique et en favorisant les filières de réemploi, c’est aujourd’hui possible avec Recyclage Ecocitoyen. Cette association recycle tout type de matériels informatiques en fin de vie, avec comme principale volonté de garantir une traçabilité parfaite ainsi que la destruction sécurisée des éventuelles données présentes sur votre unité de stockage. Explications avec Laurent Laluc.

 

=> Faire face à la désertification avec de nouveaux modèles : exemple d’un Tiers-Truck, un camion itinérant proposant des services numériques de proximité.

Si vous habitez la Lozère, ou si vous êtes un touriste de passage, vous avez peut-être déjà croisé un camion connecté un peu particulier, baptisé “Tiers-Truck”. Il sillonne ce département majoritairement rural pour faire découvrir les joies du numérique.
“Un Tiers-Truck ? Mais que ne vont-ils pas inventer ? ” penserez-vous peut-être… Pourtant cette idée innovante ne fait au fond que reprendre celle des camions itinérants qui, il n’y a pas si longtemps, sillonnaient nos campagnes pour permettre plus de proximité. Et oui, l’itinérance est particulièrement adaptée à ce département ! Le Tiers-Truck, lui, s’il ne vend pas de marchandises, propose « de former et d’accompagner aux pratiques, usages et outils numériques » au gré de ses pérégrinations.
Grâce à ce camion aménagé, il est possible de créer rapidement un tiers-lieu éphémère à l’occasion d’événements : par exemple, faire découvrir au plus grand nombre des expérimentations numériques. L’ensemble des outils mis à disposition permet de proposer des ateliers d’initiation à la fabrication numérique grâce à une imprimante 3D, à des cours de programmation logicielle ou d’électronique. Les curieux peuvent également découvrir comment fabriquer des objets connectés.

Le Tiers-Truck propose aussi des formations aux pratiques, usages et outils numériques itinérantes : elles sont alors effectuées directement au sein de la structure qui en fait la demande, ce qui permet des propositions de formations sur-mesure.

Originaire du Nord de la France, Alban Tiberghien est à l’origine du Tiers-Truck. Installé depuis 2014 en Lozère, il est développeur logiciel de formation. Très tôt intéressé par le logiciel libre, il se spécialise dans les secteurs de l’économie sociale et solidaire et de l’innovation sociale. Avant d’imaginer un camion laboratoire, il cofonde à Lille en 2010 un espace de coworking baptisé “la Coroutine”. Quatre ans plus tard, il découvre le cadre de vie et la dynamique rurale, ce qui le pousse à se lancer dans un nouveau projet afin de sensibiliser et de former le plus grand nombre à la culture numérique et aux tiers-lieux : le Tiers-Truck voit le jour ! Vous pouvez retrouver les différentes tournées effectuées et celles à venir en cliquant ici.

 

=> Baisser les coûts de l’accès au matériel et au réseau : le modèle solidaire d’Emmaüs Connect

Nous ne pouvions pas parler d’inclusion numérique sans parler d’Emmaüs Connect. Cette association se positionne en effet spécifiquement sur le champ d’action de la lutte contre l’exclusion numérique. Depuis 2013, grâce aux dons de matériel informatique de différents partenaires et d’entreprises de reconditionnement, elle propose aux bénéficiaires de son programme, une offre de recharges prépayées pour le mobile et Internet à tarif solidaire ainsi que des équipements (téléphones, smartphones, ordinateurs) à moindre coût.    

Si les problématiques sont multiples, certains projets permettent d’obtenir de très bons résultats dans différents domaines. C’est le cas notamment de la convention signée entre Orange et la DRAAF Bourgogne Franche-Comté au bénéfice d’Emmaüs International. Alors que près de 24 millions de portables sont vendus en France chaque année, notre pays entasse un nombre très important de téléphones usagés : seulement 15% d’entre eux sont réparés ou recyclés ! L’opération de collecte-recyclage commence par un geste simple : déposer son ancien mobile dans une borne. Les utilisateurs seront incités à déposer leurs anciens mobiles, quelle que soit la marque ou l’opérateur. Puis, les mobiles seront alors triés et reconditionnés aux Ateliers du Bocage, membre d’Emmaüs. Les déchets seront envoyés à Morphosis, une jeune PME innovante située au Havre, pour être recyclés. Une fois reconditionnés, les téléphones seront revendus dans un pays d’Afrique comme mobile d’occasion. L’ensemble des coûts liés à la reprise des mobiles collectés est financé par l’opérateur et les bénéfices tirés de la collecte et du recyclage sont intégralement reversés à Emmaüs International. L’association peut ainsi créer en Afrique des filières de récupération de déchets de mobiles. Aujourd’hui, 85% des mobiles collectés sont recyclés et 15% sont remis en état.    

 

Le PLAN FRANCE THD : LE DÉVELOPPEMENT DU RÉSEAU, UN PASSAGE ENCORE OBLIGÉ POUR PERMETTRE L’INCLUSION DE TOUTE LA POPULATION.

 

II – L’INCLUSION, POUR GARANTIR UN NIVEAU DE FORMATION MINIMALE

Devant l’essor et la démocratisation rapide des nouvelles technologies, les pouvoirs publics ont rapidement compris qu’un phénomène de fracture numérique pouvait s’installer en France. La mise en place d’espaces ouverts au public, rassemblant à la fois des outils informatiques et un accès à internet a été pendant longtemps un élément de réponse face à ce problème grandissant.

Ces lieux, baptisés Espace Public Numérique (EPN), se sont déployés dans toute la France à la fin des années 1990, grâce à la mise en place de différents programmes nationaux ou régionaux. Progressivement, ils sont  regroupés en réseau sous le label NetPublic, afin de mieux mutualiser les ressources et les savoirs-faire. Mais les EPN d’aujourd’hui ne ressemblent plus tellement à ceux des premières années. Aujourd’hui, on parle impression 3D, MOOC et objets connectés, Fablabs, etc. De fait, on s’aperçoit aujourd’hui que la fracture numérique est parfois plus culturelle que matérielle. Pour mieux y répondre, de nouvelles formes d’initiatives ont vu le jour. Explications.

 

=> Imaginer des systèmes incitatifs : l’exemple d’#Aptic, les chèques médiation  numérique

Malgré la gratuité des formations mises en place par les EPN, on s’aperçoit aujourd’hui qu’il est toujours difficile d’aller chercher ceux qui sont les plus exposés à la fracture numérique. De plus, c’est toute la pérennité des structures d’accueille, trop dépendantes des crédits alloués qui est en jeu.
Face à ces problématiques multiples, Médiacité a imaginé un « chèque numérique », appelé chèque #Aptic. Devant les premiers retours très positifs, l’Agence du numérique a décidé de soutenir ce dispositif depuis le printemps 2017 et de l’étendre à quatre villes de trois départements. Il s’agit “de valoriser la filière de la médiation numérique et de lutter contre les effets pervers de la dématérialisation administrative.”
Les usagers des centres des finances publiques de Romans-sur-Isère (Drôme), Libourne et La Réole (Gironde) et Saint-Denis de la Réunion, ont pu se voir distribuer des « chèques numériques », conçus sur le modèle des titres-restaurants, et s’adresser à des professionnels locaux afin d’être assistés dans leur démarche de déclaration des revenus en ligne.

 

=> Maîtriser le numérique, un besoin devenu fondamental : l’exemple d’associations au coeur de la collectivité

Si l’inclusion numérique est un chemin sans fin, les résultats ne seraient très certainement pas là sans la présence de passionnés et de bénévoles. Fort heureusement, de nombreuses associations ont vu le jour un peu partout en France et foisonnent de créativité pour permettre à chacun de découvrir et se former au numérique. Qu’elles soient situées en zones urbaines ou rurales, leur implantation porte ses fruits.

A Clichy, dans les Hauts-de-Seine, l’association 92 Médias fait un travail extraordinaire : soutenue par la municipalité, elle a sauvé de la casse des ordinateurs de la mairie et une fois réparés, leur donne une seconde vie. Créée en 1984, l’histoire de l’association 92 Médias est riche d’activités. Et avec plus de 10 000 personnes formées en 33 ans, c’est une véritable institution apportant une aide précieuse pour la population clichoise. En effet, si sa première vocation consistait à gérer un serveur télématique (ndlr sur Minitel), en enrichissant tout à la fois des pages d’informations sur la ville, une bourse de l’emploi et une messagerie permettant aux habitants de dialoguer avec leurs élus, l’association a su évoluer au fil du temps avec l’arrivée des nouveaux usages et des nouveaux matériels. Aujourd’hui, elle se consacre essentiellement à améliorer l’inclusion numérique. Rien que sur 2016, elle revendique près de 25 000 d’heures de formation individuelle. Vous pouvez retrouver plus d’informations sur cette association, en cliquant ici

Dans les territoires ruraux de Bourgogne, le réseau Fablab fait ce travail d’inclusion grâce à son réseau dense de laboratoires de fabrication qui mettent à disposition du plus grand nombre des outils numériques. A Biarne, village du Jura de 400 habitants, Pascal Minguet et Jean-Baptiste Fontaine ont lancé avec le soutien des élus locaux, en juin 2012, l’association Net-iki, premier FabLab rural . Quatre ans plus tard, la structure fait le plein : aux heures d’ouverture, c’est plus de 84 personnes qui viennent utiliser seule ou en ateliers accompagnés, un ordinateur, un vidéo-projecteur, un module Arduino ou une imprimante 3D. Les projets réalisés répondent le plus souvent à des problèmes pratiques de la vie de tous les jours car l’esprit du FabLab, c’est avant tout de pouvoir gagner en autonomie.

Autre exemple enfin avec l’association libournaise Multimicro, en Gironde : cette association aide les personnes en difficulté à se familiariser avec Internet pour devenir autonomes. Ses membres aiment la présenter ainsi : « Multimicro, ou le partage des connaissances, a pour projet de rendre l’informatique accessible, en réduisant la fracture numérique… en même temps que la facture… Il s’adresse aux débutants, aux initiés, aux passionnés, par l’intermédiaire de différents ateliers. Il promeut l’informatique libre et utilise le plus possible les logiciels gratuits. » Parmi les services rendus, l’association a par exemple expérimenté cette année l’assistance à la déclaration de revenus sur Internet pour ceux qui le souhaitent. Suite à un partenariat entre le service des impôts des particuliers de Libourne et l’association, « un parcours numérique » a été mis en place, pour accompagner les contribuables dans la déclaration de leurs revenus. Concrètement, l’association a proposé des séances de formation spécifique. Le parcours numérique consiste donc en un accompagnement qui va de l’utilisation de l’ordinateur, à la formation au simulateur de calcul de l’impôt, en passant par une rapide découverte d’Internet.
Interviewée par le journal Sud-Ouest, Suzanne Cabassy, présidente de l’association, souligne que l’objectif était de rendre les participants « autonomes pour toutes les démarches administratives dématérialisées (…) L’intérêt va au-delà de la fiscalité. Les caisses de retraite, la sécurité sociale passent de plus en plus uniquement par Internet. Et la création d’un compte sur le site des impôts, avoir accès en un clic à tout son dossier, à tous les documents importants, peut faciliter la vie. »

 

=> Promouvoir l’entraide entre citoyens : le réseau ma-residence.fr fait le pari d’améliorer la solidarité entre voisins et le « mieux vivre ensemble » avec le numérique

Dès 2011, la ville de Melun a intégré le réseau ma-residence.fr. A l’époque, c’était la deuxième ville seulement de France, après Coulommiers, à le faire. Depuis, d’autres collectivités ont sauté le pas, une centaine d’entre-elles sont devenues partenaires de ce dispositif. Lancé en 2007, ma-residence.fr est le premier site d’échange et d’entraide entre voisins en France. Il fonctionne comme un réseau social de proximité et permet de demander ou de proposer des services. Louis Logel, maire de Melun voit dans ce dispositif « une vraie opportunité de recréer un tissu social. Les habitants peuvent se rendre des services, s’entraider, notamment dans les moments difficiles. On imagine tout ce qu’il est possible de faire.”
En 2016, ce sont en effet plus de 2000 Melunais qui utilisent ce service régulièrement.

 

=> Parler un même langage intergénérationnel  : les lycéens de Lunéville forment les seniors au numérique

Faire du numérique un moyen de rassembler les générations, c’est le pari des élèves du Lycée Paul-Lapie, à Lunéville, en Meurthe-et-Moselle : depuis le début de l’année, les élèves de 1ères des sections ASSP (accompagnement, soin et services à la personne) et GA (gestion et administration) ont mis en en place un projet de formation intergénérationnelle. Leur idée consiste à proposer à des personnes résidant en maison de retraite de pouvoir se former à leurs côtés, aux outils numériques lors de différents ateliers.

Afin de faire la promotion de ces formations, une première rencontre entre les jeunes et leurs aînés a permis de créer les premiers liens et d’imaginer plus facilement quels pourraient être les contenus de ces formations en fonction de leurs besoins. Comment dialoguer via skype, comment envoyer un mail, utiliser les réseaux sociaux, ou tout simplement profiter des jeux-vidéos ou de la musique… Voilà autant de nouveaux usages que les résidents de Boffrand-Ménil ont pu découvrir. Mais dans la pratique, les étudiants-formateurs ont très vite réalisé que les niveaux étaient inégaux et surtout, que leurs élèves exprimaient des besoins différents de ce qu’ils avaient pu imaginer en préparant les ateliers. Un certain nombre a déjà leur tablette et souhaite apprendre à mieux s’en servir, tandis que d’autres ont pu demander des conseils pour choisir le matériel le mieux adapté. Le succès rencontré par ces ateliers prouvent que le numérique peut être un merveilleux prétexte pour rapprocher les générations, les plus jeunes étant parfois surpris par l’envie d’apprendre de leurs aînés.

LA FONDATION ORANGE FÊTE SES 30 ANS

Des FabLabs solidaires, lieux d’éducation innovants, aux écoles numériques dans le monde entier, sans oublier les Maisons Digitales pour les femmes, la Fondation Orange fait du numérique, un facteur d’apprentissage, d’enrichissement et de professionnalisation, depuis presque 30 ans.

Parmi les exemples concrets de réalisation, la Fondation Orange a organisé l’an dernier auprès des 32 Fablabs qu’elle soutient, le challenge « I make 4 my city ». Ce fut l’occasion pour les 17 équipes participantes de confronter leur créativité dans un grand concours de solutions numériques pour la ville de demain. Outre le défi lancé, c’est aussi l’occasion de renforcer les liens entre les FabLabs du réseau (51 dans 9 pays).

La Fondation Orange agit pour aider des jeunes sans qualification ou en décrochage scolaire. Pour mener à bien cette mission, elle a élaboré le programme « FabLabs Solidaires ». Il s’agit de former gratuitement les jeunes au numérique et aux métiers de demain, pour leur faciliter l’accès à l’emploi. D’Amiens à Dakar, les jeunes apprennent à maîtriser les logiciels et les outils de fabrication numérique : impression 3D, découpe laser, programmation informatique… En découvrant ces nouveaux lieux d’apprentissage, et avec le soutien des FabManagers et des bénévoles, les jeunes peuvent retrouver confiance en eux et une véritable motivation pour leur projet professionnel.

La Fondation Orange, c’est aussi l’engagement des salariés du Groupe Orange avec 8000 bénévoles Orange et près de 2000 salariés Orange en mécénat de compétences.

 

III – L’INCLUSION, POUR CRÉER UN OUTIL DE LIEN SOCIAL

=> Former davantage les femmes au numérique : la mission encore nécessaire de Digit’Elles

Initié en 2015, Digit’Elles a pour vocation d’aider les femmes qui subissent l’exclusion numérique plus fortement encore que les hommes, et sont touchées de plein fouet par le chômage, à se servir des outils numériques grâce à une formation de 3 mois. Créé à Honfleur, il y a un an, sous l’impulsion de la députée Nicole Ameline, ce programme est porté par l’association TRAJECTIO-Travailler en Normandie, implantée depuis 35 ans sur le territoire normand. Les 400 heures de formations se répartissent entre apprentissage du numérique, révision en francais et en mathématiques, visites d’entreprises et stages.

Pour Corinne Taillefer, référente numérique Trajectio : “ l’objectif est de permettre à chacune de devenir e-citoyenne et e-compétente. Nous abordons aussi bien les usages du numérique dans la vie quotidienne, que ceux liés à la recherche d’emploi ou à l’utilisation dans le cadre professionnel.”

En effet, Digit’Elles apporte la maîtrise des outils numériques indispensable dans la recherche d’emploi, mais aussi les compétences numériques désormais nécessaires dans la plupart des métiers. Mais pour Angélique, 32 ans, qui a suivi la formation l’an dernier, “au delà des connaissances, la formation m’a surtout permis de reprendre une activité, de voir autre chose”. Et pour Josiane, 59 ans, c’est le retour à l’emploi alors qu’elle n’y croyait plus : “J’y suis allée pour apprendre les bases de l’informatique et j’ai découvert un métier (…)”. Lors de la visite d’une plateforme téléphonique à Lisieux, elle se dit que ce métier est fait pour elle. “Les formatrices m’ont encouragée (…) alors que je me suis toujours sous-estimée”.
Digit’Elles peut aussi compter sur l’engagement de plusieurs entreprises. C’est le cas par exemple de Renault Sandouville. Pour les dirigeants, il était intéressant de montrer “qu’un site industriel est ouvert aux femmes (…) dans tous les départements de l’entreprise avec des possibilités d’évolution en interne (…) il est très important pour nous de travailler avec des centres de formation régionaux”. 140 CDI seront en effet recrutés cette année.“ La fondation Orange soutient également ce projet au travers de ses salariés bénévoles dans l’animation d’ateliers de codage.

 

=> Révéler les nouveaux talents numériques de demain : le rôle d’avenir du label Grande école du numérique

 Lancé en 2016, le label « Grande École du Numérique » a déjà montré, en quelques mois, son efficacité. Conçu pour rassembler, valoriser et soutenir financièrement des formations facilitant l’insertion professionnelle par le biais du numérique, ce label représente aujourd’hui un réseau de 419 formations réparties partout en France.

Ces dernières doivent permettre de répondre à un double enjeu :

  • s’adapter aux besoins croissants en compétences numériques sur le marché de l’emploi. On estime par exemple à 50 000, le nombre de développeurs nécessaires pour répondre aux besoins en plus en plus importants des entreprises en France.
  • favoriser l’inclusion grâce au numérique. Ces formations sont en effet ouvertes à des publics traditionnellement éloignés du numérique, en recherche d’emploi ou en reconversion professionnelle. Dans de nombreux cas, ces écoles labellisées sont devenues des outils importants dans les démarches de politiques de la ville. Grâce à des formations intensives et qualifiantes, elles permettent de trouver du travail rapidement dans cette filière d’avenir.  Plus de 10 000 élèves seront formés en 2017.

Parmi les formations soutenues par le label, on retrouve les écoles de l’entreprise sociale Simplon.co . Inspirée par les formations en accéléré nées aux Etats-Unis, elle est le fruit de la rencontre entre Erwan Kezzar, Andrei Vladescu-Olt et Victor Defontaine et de Frédéric Bardeau. Ensemble, ils donnent une forme concrète à l’idée qui les anime : profiter du numérique pour créer plus de solidarité. Ensemble, ils réalisent déjà que le manque de profils qualifiés fragilise de facto, le développement de notre économie alors que parallèlement, mois après mois, ils sont témoins comme nous tous, d’un nombre toujours plus important de chômeurs. Ils mettent alors en place dès avril 2013, leur entreprise sociale, qui trois ans plus tard représente à elle-seule un réseau de 12 “fabriques” ou écoles.

 

=> Redonner confiance en soi grâce à l’outil numérique et aux écoles du Web dans les quartiers

Association emblématique du quartier populaire de La Caravelle à Villeneuve-la-Garenne, LePoleS a acquis en près de 28 ans, une formidable expertise en matière de développement d’activités économiques et de création d’emplois principalement à destination des résidents des quartiers.
Comme le rappelle l’association sur son site : “Les situations socioéconomiques des quartiers populaires sont connues de tous, mais il nous semble essentiel d’en rappeler les grandes caractéristiques. Ces quartiers sont avant tout caractérisés par une grande pauvreté, un taux de chômage endémique, des populations avec des faibles niveaux de qualification. D’un quartier à l’autre, si l’on peut relever quelques différences dans les indicateurs de pauvreté, chômage, sous-qualification, les éléments contextuels des quartiers populaires sont globalement similaires. Le rapport du 6 mai 2015 de l’Observatoire National de la Politique de la Ville met en évidence une aggravation socioéconomique de ces territoires.”

En 2015, l’association lance l’école du Web des quartiers, baptisée “Ma6T va coder”. En deux ans, l’école rencontre un franc succès.  Elle profite en 2016 du projet gouvernemental visant à la création d’une grande école du numérique (cf supra), en répondant à un appel à projets sur 3 sites et obtient une labellisation pour Villeneuve-la-Garenne, Pierrefitte-sur-Seine et Pantin.

Dans un article de l’Humanité, Claude Sicart, Président de l’association témoigne : “Nous avons décidé de ne pas louper le coche. Déjà qu’on est en périphérie de tout, si en plus les quartiers sont coupés du numérique… On sort de l’assignation territoriale et d’orientation professionnelle, toujours axée sur le BTP, les espaces verts et les services à la personne. »

Grâce à un contrat de travail à durée déterminée d’insertion de 35 heures hebdomadaires, les apprenants bénéficient d’une rémunération au moins égale au SMIC tout en se formant. Au terme de ce parcours, ils pourront valoriser leurs formations et candidater à des postes d’intégrateur développeur web.



IV –  RENDRE CHACUN AUTONOME FACE À L’AVENIR : UNE MISSION DE SERVICE PUBLIC

La société se transforme chaque jour et le numérique est, et sera, incontestablement dans notre quotidien. Afin de nous dessiner un avenir positif, il est aujourd’hui essentiel que chacun d’entre-nous devienne maître du numérique, et cela, dès les premiers apprentissages à l’école, comme les mathématiques, la maîtrise de la langue ou le vivre-ensemble. Le numérique n’est pas, et ne sera jamais, l’unique solution, mais il est l’un des outils qui simplifient notre vie quotidienne. Et comme tout outil, il convient d’apprendre à l’utiliser correctement, selon les nombreux usages que l’on peut avoir à en faire, pour soi, pour son travail, pour la vie en société. Comme l’ont démontré les exemples de notre dossier, les besoins sont multiples et chaque public est unique. C’est pour ces deux raisons que ce sont aux collectivités territoriales, proches de leur population, que revient la mission d’enseigner l’usage et la maîtrise de l’outil numérique, en faisant en sorte d’inclure tout le monde dans l’avenir.

 

Rencontre et interview avec Valérie Peugeot

Chercheuse à Orange Labs, en charge des questions de prospective au sein du laboratoire de sciences humaines et sociales, Valérie Peugeot est aussi Présidente de l’association VECAM, et vice-présidente depuis janvier 2013 du Conseil National du Numérique. Elle a présidé différentes recherches sur l’inclusion numérique.

Mis à jour le 10 novembre 2017

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