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L’école numérique est en marche

A chaque génération ses souvenirs... Tableau noir, craie et cartable de cuir pour les uns. Polycopiés, odeurs de colle pour autres. Les souvenirs des nouvelles générations seront sans doute stockés dans les nuages du monde connecté.Il y a une vingtaine d’années, l’inscription des nouvelles technologies dans les programmes avait permis à la génération Y d’intégrer le numérique au quotidien. 120 000 ordinateurs sur l’ensemble du territoire avaient été alors déployés. Progressivement, la greffe numérique a pris, jusqu’aux dernières pousses plus que jamais connectées.

L’Education Nationale est aujourd’hui engagée dans une mue impressionnante à la hauteur des enjeux de notre époque. Depuis le lancement du Plan Numérique pour l’éducation, les différents responsables ont tous démontré leur détermination à faire entrer l’Ecole dans l’ère du numérique. A la rentrée 2015, 209 collèges et 337 écoles ont été sélectionnés pour devenir des établissements préfigurateurs des écoles connectées de demain. Et pour la rentrée prochaine, ce seront 1510 collèges, soit le quart des collèges français, ainsi que 1256 écoles, qui bénéficieront du Plan Numérique. Ce dernier n’a certainement pas vocation à être imposé depuis les bureaux du ministère, il doit d’abord s’imprégner des réalités du terrain, pour pouvoir, une fois récoltés les premiers retours d’expériences, entrer dans sa phase de développement.

L’ambition ne se limite pas à livrer des tablettes à chaque élève. Les enjeux sont multiples, que ce soit la lutte contre le décrochage scolaire, la quête de l’échelle adéquat pour concrétiser la notion de gouvernance partagée, ou bien encore la structuration de la filière du numérique éducatif. Pas question non plus de privilégier la forme au fond : les contenus ainsi que la façon d’apprendre et de transmettre aux mieux les connaissances, restent plus que jamais d’actualité. Il s’agit surtout de repenser le projet pédagogique pour qu’il soit en adéquation avec les transformations des pratiques professionnelles.

C’est pour mieux comprendre les enjeux actuels et les moyens mis en place par le plan Collège Numérique que nous avons souhaité rencontrer Mme Najat Vallaud Belkacem. La Ministre de l’Education nous a livré sa vision de l’école pour que l’école ne passe pas à côté du numérique. Son ambition ? Développer un écosystème global de l’Education, depuis les contenus et services jusqu’au matériel.


Dossier Education : Interview de Najat Vallaud…par parolesdelus

Pour en savoir plus sur le développement du numérique à l’école, Canopé a conçu un guide à disposition des élus
 
Numérique et apprentissage

Quels équipements pour nos écoliers ?

Tableaux blancs interactifs
Révolus les tableaux noirs, les brosses et les craies de couleur, les regards de nos enfants sont aujourd’hui tournés vers des TBI et TNI, les tableaux blancs interactifs et tableaux numériques interactifs. Si comme leurs ancêtres, ces outils sont avant tout collectifs, ils offrent cependant des usages élargis allant de l’intégration de médias à la sauvegarde des pages annotées. Si les TBI conservent un usage frontal, avec peu de différenciation entre les élèves, ils sont aussi un outil de médiation efficace, grâce à l’interaction créée avec l’ensemble des élèves. L’enseignant peut désormais proposer des activités décontextualisées et réconcilier un élève en difficulté avec les mathématiques grâce à une représentation du problème sous forme de carte géographique, si celle-ci apparait moins anxiogène pour l’élève.  Autre atout intéressant : le professeur n’a plus besoin de tourner le dos à a classe. Il pilote son cours à distance, depuis un ordinateur. Une manière d’être plus proche de ses élèves, de faire corps avec le groupe.

Ordinateurs portables et tablettes
Le Plan Numérique passe aussi par des investissements importants dans les outils individuels. Equiper l’ensemble des élèves en ordinateurs portables ou en tablettes n’est pas une mince affaire. Outre le coût, cela soulève de nombreuses interrogations, notamment sur la gestion du parc. Parmi les collèges déjà équipés, celui de Sainte-Thérèse, à Rémire­Montjoly non loin de Cayenne, fait figure de pionnier. Ensemble, le directeur, le corps enseignant et les parents ont réussi à lever les doutes, dès la première année de test.
M. Hector COLVIL, directeur de l’établissement, revient pour nous sur les raisons qui l’ont poussé à se lancer dans ce projet et sur ses différentes étapes.

Plus concrètement, comment ça marche ? Il faut quitter le hardware pour comprendre l’organisation des interfaces et les possibilités qu’elles offrent.


Dossier Education : Présentation de la solution… par parolesdelus

 

Connexions
Comment parler d’école numérique si les connexions internet sont insuffisantes ? Sur ce point, certains établissements étaient encore à la traîne il y a 2 ans. Sur les 64 300 écoles et établissements du second degré, publics ou privés, repartis sur l’ensemble du territoire national, plus de 16 000 n’avaient pas accès, en 2014, au haut débit, permettant le développement des usages numériques éducatifs. Pour que chaque établissement puisse bénéficier d’une connexion à internet, quelle que soit sa localisation, le Gouvernement a lancé un appel le programme « écoles connectées » dans le cadre du Plan France Très Haut Débit, prévoyant une enveloppe de 5 millions d’euros.  Après examen des offres déposées par les opérateurs, 56 d’entre elles étaient labellisées. La mobilisation des collectivités territoriales a, quant à elle, permis à près de 9 000 établissements d’enseignement primaire et secondaire d’obtenir une connexion à haut débit, en choisissant l’une de ces offres et en bénéficiant de l’accompagnement financier de l’Etat. Les établissements moins bien desservis en accès haut débit, le programme leur permet désormais d’obtenir une connexion internet efficace, grâce à une liaison par satellite. Il y a un an, Paroles d’élus vous emmenait à Saint­ Didier, petite ville du Finistère, où cette solution avait été mise en place. Les retours s’avèrent très positifs.

Quelles ressources ?

Manuels numériques
Longtemps en retard en terme de contenu numérique, l’Education nationale semble avoir progressivement pallié au problème de “coquille vide” auquel elle était confrontée, lorsqu’elle fournissait de beaux outils hi-Tech, sans offrir les ressources éducatives nécessaires. Aujourd’hui, grâce à un travail entre éditeurs et fournisseurs de logiciels, l’ensemble des manuels, jadis en format papier, sont consultables depuis les tablettes. En février dernier par exemple, le groupe Editis (qui rassemble les Maisons d’édition Bordas, Nathan, Retz ou encore le Robert) a signé un partenariat avec Orange pour proposer ces nouveaux manuels au sein de la solution Classe numérique. Un panel complet de ressources du CP au CM2 est maintenant disponible ainsi que de nombreux exercices (ExoNathan) et des jeux pour apprendre à lire et à écrire (Syllabozoo de Retz). Les e­-manuels donnent accès à plus de ressources et surtout permettent de diversifier les supports, en associant, par exemple, la vidéo et le son.  Adieu à la bourse aux livres, au sac rempli de manuels et au mal de dos. Les élèves ont désormais accès à tous leurs manuels, depuis une bibliothèque virtuelle, accessible où qu’ils soient.

Ressources en ligne
Précurseur par excellence dans le domaine des ressources pédagogiques en ligne, la Khan Academy a œuvré, dès 2006, pour la transmission du savoir via les nouveaux supports numériques. Elle tient son nom de son fondateur, Salman Kahn, un américain qui, à l’origine, voulait simplement aider sa cousine à progresser en mathématiques. Il réalisa donc des tutoriels, spécialement pour elle. Devant leurs succès et la demande grandissante des parents qui souhaitaient en faire bénéficier leurs enfants, Salman Kahn a décidé de les partager directement sur Youtube.  Trois ans plus tard, ils étaient 35 000 visiteurs à les visionner, chaque jour.  Aujourd’hui, il existe une plateforme Khan Academy. La liste des tutoriels s’est étoffée avec près de 3300 vidéos consacrées aux mathématiques et à la physique, mais pas seulement… codage informatique, économie, histoire, musique, sont autant de matières proposées désormais aux assoiffés de savoir.

En France, de très belles initiatives ont également vu le jour. C’est le cas notamment du site http://www.lelivrescolaire.fr/ créé par Emilie Blanchard et Raphaël Taieb. Il y a cinq ans, ces deux enseignants font le constat que le choix de manuels scolaires est restreint mais surtout qu’aucun retour d’expérience n’est réalisé. Impossible, par ailleurs, de collaborer pour améliorer ces manuels. Leur idée est alors tout simplement d’appliquer aux ressources éducatives les caractéristiques du web : collaboration et gratuité.  Aujourd’hui, leur site met à disposition 16 manuels scolaires en open source, fruits du travail de collaboration de près de mille enseignants.

Les TICE ou la possibilité́ d’une collaboration enseignant/élève
Dans le monde des TICE (Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement), difficile d’être exhaustif. Le nombre de propositions a en effet explosé, au point que certaines universités, comme celle de Bretagne, se sont spécialisées dans ce domaine. Sous cet acronyme, on trouve tous les outils conçus et utilisés pour produire, traiter, entreposer, échanger, classer, retrouver et lire des documents numériques à des fins d’enseignement et d’apprentissage. Mais comment savoir si ces outils sont performants ? Les premières expériences semblent révéler une forte plus-value, par rapport à un enseignement plus classique. Ainsi, la motivation et la valorisation des élèves, qui s’impliquent comme acteurs de l’apprentissage, ont été améliorées et l’apprentissage semble facilité.  Autre aspect important, les TICE permettent de renforcer la continuité pédagogique entre les travaux faits en classe et ceux faits à la maison.

Parmi les nouveaux outils TICE, la plateforme Edmodo remporte un franc succès, on recense aujourd’hui 30 millions d’utilisateurs, dans le monde. Cette dernière enrichit régulièrement les outils mis à disposition. On peut y suivre des cours en ligne, partager des documents ou dialoguer avec les élèves.

Autre outil, autre usage : Bubbl aide à créer des cartes mentales simples pour améliorer la mémorisation des cours.

Les professeurs aussi ont leurs outils

Et les enseignants dans tout ça ? Difficile, sans doute, pour eux de s’y retrouver en pleine période de mue. Pour les aider à combiner harmonieusement respect des programmes et initiatives numériques, l’Education nationale a mis en place de nouvelles formations.

M@gistère
Conscient du besoin en formation continue, le ministère a lancé une plateforme de formation en ligne appelée M@gistère, destinée aux enseignants du premier et second degré. Cet outil s’adapte aux parcours personnels, selon les besoins identifiés. Il a été conçu pour être accessible à tout moment, via un simple accès internet. Il permet aux enseignants de se former à leur rythme. Il comporte des sessions de formations tortorées et interactives, un outil d’échange entre professionnels de l’enseignement, ainsi qu’un espace personnel. L’enseignant peut choisir parmi 3 modules de 3h, 6h ou 9h.

Canopé
Les grands changements concernent aussi et peut-être surtout la pédagogie, domaine très riche en innovation et expérimentation. Principal acteur de cette modernisation, le réseau Canopé qui a pour mission de conjuguer “innovation et pédagogie pour faire entrer l’Ecole dans l’ère du numérique.”  Rattaché au ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ce dernier met à disposition des enseignants des ressources pédagogiques sur différents médias.
Créé en 2014, Canopé a succédé au SCEREN, réseau de documentation de l’Education nationale et regroupe les 30 centres régionaux de documentation pédagogique (CRDP) et les 86 centres départementaux de documentation pédagogique.

Viaéduc : le réseau social des professeurs
Derrière ces consonances latines, on comprend qu’il est question de chemin et d’éducation. Mais ce terme évoque aussi les fameux édifices romains permettant de franchir les aléas géographiques.
La plateforme Viaéduc est un peu les deux 0 la fois. Réseau social destiné aux professionnels de l’Education nationale, c’est un outil performant permet de rapprocher des enseignants pour enrichir le chemin quotidien de l’éducation. La genèse de cet outil remonte à 2013. Suite à un appel à projet pour développer le numérique éducatif, un consortium d’acteurs du public ( Canopé, CNED, l’université de Poitier) et du privé ( Belin, une web agency les argonautes ou encore la start up BeeChannels) se sont rassemblés dans une structure juridique GIP, groupement d’intérêt public. Viaéduc réunit aujourd’hui 850 000 enseignants de la maternelle au Bac, auxquels il faut ajouter 150 000 personnes de l’Education Nationale : des inspecteurs, des directeurs d’établissements ou encore des conseillers pédagogiques. Pour en apprendre d’avantage, nous sommes allés interroger deux personnes qui connaissent bien Viaéduc : François Catala, son Directeur général et Philippe Dive, un professeur­-utilisateur.


Dossier Education : Reportage sur Viaeduc, le…par parolesdelus

 

Des collectivités impliquées

Choix et financement du matériel et des ressources
Le Plan Numérique respecte les domaines de compétences habituelles. En ce sens, les différents échelons conservent leurs prérogatives. Ainsi, si l’investissement dans les écoles est de la responsabilité des communes, celle des collèges concerne les départements. Conscient que les contraintes budgétaires actuelles risquaient de freiner la modernisation des collèges et des écoles, le ministère a décidé d’accompagner les collectivités qui le souhaitent à hauteur de 50%. S’agissant de la procédure d’achat, le département a deux options : lancer lui-même un marché par un appel d’offres ou solliciter l’Ugap, qui propose des appareils de différents constructeurs.Pour aider les collectivités, le Ministère de l’Education a mis en place une « boîte à outils ». Vous y trouverez différents documents sur l’ensemble des estampes incontournables pour mettre en place le plan collège numérique : comment gérer l’étape de l’appel à projet, les conventions de prêts (avec des exemples de dispositifs) ? Comment ne pas se tromper dans l’achat des ressources ? Quels sont les besoins en wifi ? Etc…. Bref, tout ce qu’il faut pour vous accompagner dans ce projet.Le Conseil Départemental de Meurthe­-et­-Moselle fait partie des départements pilotes du Plan Numérique dans les Collèges. Nous sommes allés à la rencontre des acteurs impliqués sur le terrain.

 


Dossier Education : Reportage sur le…par parolesdelus

Gérer les équipements dans les établissements et dans le temps
“Le Conseil Départemental garantit la maintenance des équipements numériques dans le cadre de marchés qui ont été négociés, au plus près en lien avec les services de l’éducation et du département.”  Mathieu Klein, Président du Conseil Départemental de Meurthe-et-Moselle

Si le sujet de la maintenance des nouveaux outils n’est que très rarement abordé, cette question est légitime et peut freiner tout bon gestionnaire. Entre la casse inévitable d’une partie du matériel et l’obsolescence, difficile de voir à long terme. Heureusement, la plupart des fournisseurs incluent dans leurs contrats la maintenance et une assistance en cas de défaillance du système. Il est également possible d’assurer le matériel en cas de vol ou de casse. Malgré tout, il est nécessaire d’intégrer chaque année, dans sa gestion, un renouvellement partiel de son parc informatique.

Plus globalement, il est important au moment de choisir son fournisseur, de prendre en compte la dimension d’expertise. Au-delà d’une simple demande en matériel, ce dernier doit pouvoir comprendre vos usages et vos besoins. Thierry Bonhomme, Directeur Général Adjoint d’Orange en charge d’Orange Business Services, témoigne sur le rôle et l’enjeu de l’accompagnement d’un opérateur.


Dossier Education : Interview de Thierry…par parolesdelus

Autre région, autre idée de modernisation, la Région Normandie a lancé un programme de virtualisation des postes de travail pour ses Lycées. Ce chantier concernera dans un premier temps les 71 lycées de l’ancienne région Basse-Normandie. D’ici deux ans, ce sont près de 18 000 postes de travail qui en bénéficieront.Grâce à ce système, la gestion, l’administration et la maintenance seront simplifiées et pourront être gérées à distance.
 
Et l’enfant dans tout cela ?

Avec plus d’un quart des collèges impliqués dans le plan Collèges Numériques à la rentrée prochaine, l’Education Nationale est bel et bien en train de relever les différents défis qui se présentent à elle. Mais le numériques n’est pas un remède miracle et les questions de la transmission du savoir, de l’apprentissage de la vie en société et de la lutte contre les déterminismes sociaux sont toujours d’actualités.

L’atout majeur du numériques est de donner aux élèves la possibilité de travailler ensemble. C’est en tout cas ce qu’espère Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, spécialiste des questions liées aux nouvelles technologies.  Pour lui, si le numérique permet de créer de nouvelles occasions d’apprendre, il doit aussi ouvrir à de nouvelles occasions de collaborer.Contrairement à l’étude de l’Institut Montaigne, préconisant de faire entrer le numérique de manière massive dès l’école primaire, voire même plus tôt, Serge Tisseron estime qu’il faut respecter la règle dite du “3-­6­-9­-12” , un principe qu’il a imaginé pour aider les parents à accompagner leurs enfants, dans l’apprivoisement du numérique. C’est très simple, pas de télévision avant 3 ans, pas de console avant 6 ans, Internet après 9 ans, et les réseaux sociaux après 12 ans.
Curieux de son point de vue, nous sommes allés voir Serge Tisseron et l’avons interrogé sur les enjeux et les problématiques de l’e-éducation.

Mis à jour le 9 mai 2016

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